3. LA BIBLE, PAROLE POUR DIEU
Réflexions sur la Transmission

Quand on dit: La Bible, Parole de Dieu, on souligne l'origine de la Parole
Quand on dit: La Bible, Parole sur Dieu, on souligne le contenu de la Parole
Quand on dit: La Bible, Parole pour Dieu, on souligne la transmission de la Parole

Or, cette transmission pose un certain nombre de questions. Certaines tiennent à la Bible elle-même. D'autres, aux destinataires de la Bible.

QUESTIONS POSEES PAR LA BIBLE

Il y a d'abord un problème de langage
La Bible reprend le langage des sociétés anciennes du bassin méditerranéen. Il est l'expression d'un monde culturel précis, celui des anciens Hébreux. D'où la difficulté de comprendre certains termes, certaines idées, certaines images, certaines manières de parler.
Ainsi, dans l'Ancien Testament
" Le roi souilla le Tofeth (brúloir) qui était dans la val-lée de Ben-Hinnôm, pour que personne ne fit passer son fils ou sa fille par le feu en l'honneur de Molek (dieu Molok, à qui on offrait des enfants). Il supprima les chevaux que les rois de Juda avaient installés en l'honneur du soleil, à l'entrée de la Maison du Seigneur, prés de la chambre de l'eunuque Métan-Mélek, située dans les annexes. Il brûla les chars du soleil. " (2 Rois 23, 10)

Ainsi dans le Nouveau Testament
" Je connais un homme en Christ qui, voici 14 ans, - était-ce dans son corps ? je ne sais - cet homme-là fut enlevé jusqu'au troisième ciel (Dans les anciennes conceptions juives, le paradis était fixé au troisième ciel) Et je sais que cet homme - Etait-ce dans son corps ? Etait-ce sans son corps ? je ne sais, Dieu le sait - Cet homme fut enlevé jusqu'au paradis et enten-dit des paroles inexprimables, qu'il n'est permis à per-sonne de redire. " (2 Corinthiens 12, 2)
(Enlevé au paradis : expression pour désigner les ex-tases prophétiques
Le mot " Christ " lu¡-même demande à être expliqué: " Celui qui a reçu l'onction "

Il y a ensuite le problèmes des représentations divines
Pour dire la présence de Dieu, on a recours à des phénomènes naturels auxquels on donne une significa-tion symbolique:

La Nuée (Cbekhina)
" La nuée couvrit la tente de la rencontre et la gloire du Seigneur emplit la demeure. " (Exode 40,34)

Le Souffle (Ruah)
"La terre était déserte et vide et la ténèbre à la surface de l'abîme. Le souffle de Dieu planait à la surface des eaux. " (Genèse 1, 2)

La théophanie
"Tout le peuple percevait les voix, les flamboiements, la voix du cor et la montagne fumante... Ils dirent à Moïse: Parle-nous toi-même, nous entendrons. Mais que Dieu ne nous parle pas, ce serait notre mort. Moïse dit au peuple: Ne craignez pas. Car c'est pour vous éprouver que Dieu est venu. " - (Exode 20,18) Tout ceci à titre d'exemple. On pourrait dire beaucoup plus.

Il y a enfin le langage de l'Eglise elle-même
Ce langage est le fruit d'une première traduction des langues -hébraïque et sémitique- en langue grecque, puis en langue latine.
C'est sensible dans le Nouveau Testament où nous voyons des traits de culture grecque s'introduire dans une pensée de type juif :
Ce mouvement se cristallisera au cours des 4ème et 5ème siècles avec la réunion des premiers grands Conciles.
Ainsi, dans le Credo de Nicée-Constantinople, pour préciser la notion de " Fils de Dieu ", terme essentiellement juif, on trouve des expressions de culture grecque comme " Né de Dieu, Lumière née de la Lumière, Engendré et non créé,-de même nature que le Père, etc

QUESTIONS POSEES PAR LES DESTINATAIRES DE LA BIBLE

C'est avant tout le problème de l'INCULTURATION (processus par lequel une culture nouvelle fait sien le message chrétien, en l'exprimant avec ses propres mots et en le vivant dans le contexte de ses propres coutumes)

Si la langage élaboré par I'Eglise des premiers siècles fut la première inculturation du message chrétien, en milieu grec, puis latin, il faut reconnaître que l'effort d'actualisation et de modernisation de langage chrétien a été insuffisant par la suite. Il n'a pas suivi I'évolution de la civilisation.
Là est sans doute la source de notre malaise actuel à l'égard de la foi. Les mots dont on se sert se sont souvent très marginalisés et les choses de la foi sont devenues étrangères à notre monde, parce qu'elles sont sorties de son langage. Aujourd'hui, il faut expli-quer tous les mots. C'est une question fondamentale qui est posée aux générations actuelles.

Conclusion

Pour redonner goût à la lecture de la Bible, il faut prendre conscience que ce livre n'est pas seulement inspiré, mais qu'il doit être inspirant.
Le sens ou la vérité d'un texte ne se confine pas dans la seule lecture qu'on en fait, mais il s'accomplit dans l'acte de lecture du lecteur, lequel confronte sa vérité à la vérité du texte.

Cette vérité est d'une autre nature que la vérité histo-rique. Elle est vérité symbolique Une vraie lecture de la Bible est la rencontre de ces deux vérités.
Ainsi, sans la Bible, le lecteur ou le groupe-lecteur perd sa raison d'être, se coupe de son origine. Il devient un rassemblement idéologique.
A l'inverse, sans le lecteur ou le groupe-lecteur, la Bi-ble est inachevée. Elle ne sert à rien. Elle ne fonde plus la communauté. La communauté se coupe de ses sources.
Autrement dit, si la Bible est inspirée, elle doit être aussi inspirante pour les communautés chrétiennes. Sinon, à quoi bon avoir une Bible ?