D'OU VIENT LA BIBLE ?

2. UN PEUPLE MARQUE PAR LES CIVILISATIONS DU MOYEN ORIENT

Petit territoire placé entre ces grands empires, Israël, sur la terre de Canaan, ne pouvait que subir l'influence de ces vieilles civilisations environnantes. Trois types d'influence sont à regarder de près.

1. L'influence des mentalités

LA MENTALlTE EGYPTIENNE
La mentalité égyptienne a été façonnée par le pays. L'Égyptien vit dans une région lumineuse. S'il éprouve quelque angoisse de voir, le soir, le soleil disparaître, il sait qu'il réapparaîtra chaque matin, vainqueur des puissances de la nuit. Aussi, le tempérament égyptien est-il naturellement optimiste, comme on le découvre dans l'hymne composé par le pharaon Akhénaton à la gloire du soleil, dieu de l'Egypte par excellence.
« Tu apparais parfait à l'horizon du ciel, disque vraiment vivant qui es à l'origine de la vie. Quand tu te lèves à l'horizon oriental, tu remplis tout le pays de tes perfections. Quand tu te couches à l'horizon occidental, la terre est dans les ténèbres comme la mort. Puis la terre s'éclaire quand tu es levé et que, disque solaire, tu luis durant le jour… Les arbres et les forêts reverdissent. Les oiseaux volent hors de leur nid. Les bateaux descendent ou remontent le fleuve. »
Cet hymne s'adresse à Amon-Ré, le Dieu-Soleil.
Dans ses jours d'optimisme, Israël suit le même cheminement, avec la différence que le psaume 104 s'adresse à Yahvé-Dieu, unique Dieu, et non plus au Dieu-Soleil, dieu parmi les autres dieux.
«Seigneur mon Dieu, tu es si grand, vêtu de splendeur et d'éclat, drapé de lumière comme d'un manteau. Tu déploies les cieux comme une tenture.
Il a fait la lune pour fixer les fêtes et le soleil qui sait l'heure de son coucher. Tu poses les ténèbres et c'est la nuit où sortent toutes les bêtes des bois… Au lever du soleil, el les se retirent, se couchent dans leurs tanières et l'homme s'en va à son travail, à ses cultures, jusqu'au soir. Que tes oeuvres sont nombreuses, Seigneur. Tu les as toutes faites avec sagesse. La terre est remplie de tes créatures.» (Psaume 104)

LA MENTALlTE MESOPOTAMIENNE
La mentalité mésopotamienne est, dans son ensemble, profondément pessimiste. L'habitant de ces régions vit dans des plaines où les crues sont imprévisibles, provoquant de véritables déluges dont on a retrouvé les traces dans les fouilles archéologiques.
D'autre part, les invasions amorites, arabes ou perses sont fréquentes et créent une certaine insécurité, d'où les changements fréquents d'empires.
Aussi, dans leur ensemble, les dieux mésopotamiens sont-ils capricieux, en lutte les uns contre les autres, à l'image des hommes.
Dans ses jours sombres, Israël se laissera aller aux mêmes incertitudes. Ainsi dans le psaume 77 :
«Je me rappelle Dieu et je gémis. Plus j'y reviens, plus mon esprit s'embrouille. Tu tiens mes paupières ouvertes. Je suis troublé, je ne sais que dire.
Le Seigneur va-t-il rejeter pour toujours ? Ne sera-t-il jamais plus favorable? Sa fidélité a-t-elle tout à fait disparu ? La parole s'est-elle tue pour des siècles? Dieu a-t-il oublié de faire grâce ? De colère, a-t-il fermé son coeur ?» (Psaume 77)

LA PENSEE CANANEENNE
La pensée cananéenne, elle, est pragmatique. Le Dieu principal s'appelle EL. La religion rend un culte aux forces de la nature divinisées. Ainsi, il y a Baal, dieu de l'orage et de la pluie. Arat, sa soeur appelée aussi Astarté, qui est la déesse de la guerre, de l'amour et de la fécondité. Le Royaume de Samarie sera particulièrement tenté par cette religion cananéenne, avec ses cultes sexuels offerts à la déesse nue, et ses rites chargés d'obtenir la fécondité du sol et des troupeaux;
Les prophètes devront sans cesse lutter pour ramener le peuple au culte du Dieu unique .

2. L'Influence des mythes anciens

La signification du mot MYTHE est ambiguë. Dans le langage courant, il signifie souvent fable, légende.
Quand on emploie ce mot dans les civilisations anciennes, il prend un autre sens. Il veut signifier les grandes questions que les hommes portent en eux et dont ils cherchent les réponses: D'ou vient le monde? Pourquoi I'homme existe-t-il ? Pourquoi la souffrance et la mort? D'ou vient I'attirance des sexes? , Quel est le rapport de I'homme a la divinité ?
Seulement, au lieu de traiter ces problèmes dans des livres savants, les civilisations anciennes projettent ces questions et ces réponses sous forme d'histoires plus ou moins merveilleuses.
C'est ainsi que s'inspirant de ces grands mythes et des réponses qu'on leur donne, la Bible les repense en fonction de sa foi en un Dieu unique qui intervient dans notre histoire et qui veut I'homme libre.

Voici quelques exemples :
La naissance du monde
Dans le poème babylonien «Enouma elish» (3eme millénaire avant J.C. ) on lit:
«Lorsqu'en haut le ciel n'était pas nommé et qu'en bas la terre n'avait pas de nom, de l'océan primordial, leur père, et de la merveilleuse Tiamat, leur mère, à tous deux les eaux se confondaient. »
Dans la Bible on peut lire: Lorsque Dieu commença la création du ciel et de la terre, la terre était désert et vide et la ténèbre a la surface de l'abîme. Le souffle de Dieu planait à la surface des eaux.» (Genèse 1, 1)
On a les mêmes ingrédients mais pas le même message. Le message biblique, fui, est monothéiste. «Lorsque Dieu commença…)

Le déluge
Plusieurs versions de déluge circulaient en Mésopotamie, à cause des inondations fréquentes qui couvraient le pays. La plus connue est la Légende de Gilgamesh qui,

un jour, rencontre un homme qui lui révèle comment il a survécu, en construisant un bateau, au déluge que les dieux avaient organisé pour se débarrasser des hommes, parce qu'ils étaient agacés par les cris des humains.
Dans le récit biblique, il y a bien, comme dans le récit mésopotamien, construction d'un bateau pour survivre au cataclysme, mais la visée de Dieu est différente. Dans la Bible, en laissant les eaux envahir le monde, Dieu défait la création pour en préparer une nouvelle. Le mythe ne s'arrête pas à la catastrophe, il raconte surtout le sauvetage d'un homme, Noé, et de sa famille, germes d'une humanité nouvelle.
«Je vais établir une alliance avec vous, dit Dieu, avec votre descendance après vous et avec tous les erres vivants qui sont avec vous… Aucune chair ne sera plus exterminée par les eaux du déluge. Il n'y aura plus de déluge pour ravager la terre.» (Genèse 9, 9)

Le mal moral
Dans la théodicée babylonienne, si l'homme est soumis au mal et au péché, c'est parce que les dieux l'ont voulu.
«Le roi des dieux, créateur des humains, qui modela leur argile, et la déesse qui les façonna, ont donné à l'homme un esprit perverti. Ils lui ont donné à jamais, non plus la vérité, mais le mensonge. »
Dans la Bible, au livre de la Genèse, Dieu met l'homme devant ses responsabilités. Il le crée libre. Il peut manger de l'arbre de la Vie.
« Mais, dit Dieu, tu ne mangeras pas de l'Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal, car, le jour où tu en mangeras, tu devras mourir. » (Genèse 2, 16)

Ainsi, si la Bible utilise les mythes des civilisations environnantes, elle leur donne une signification totale-ment différente, car, à chaque fois, elle se place dans le cadre du monothéisme et des relations étroites entre Dieu et les hommes, dans une perspective de responsabilité.

3. L'influence de l'écriture

Lorsque, installés dans Canaan, les fils d'Israël veulent se doter d'une écriture, à la fois pour leur administration, leur vie quotidienne et la transmission de leur foi, ils adoptent, comme les Grecs, les Étrusques et plus tard les Romains, l'écriture phénicienne, en l'adaptant à leur génie propre. Un tableau comparatif nous restitue cette entreprise.

(Étude du tableau)
La véritable révolution que constitue la création de l'alphabet phénicien, c'est que les signes ne renvoient

plus à des images, mais à des sons émis par la voix humaine dans un langage donné. II ne s'agit plus de désignations conventionnelles figuratives ou idéographi-ques, comme les hiéroglyphes, mais d'un travail phonéti-que scientifiquement établi, qui représente un effort d'abstraction remarquable.

L'écriture est composée de consonnes et de voyelles, ces dernières étant représentées dans certaines écritures par des signes au-dessus des consonnes.