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Très cher Père
Santino, Supérieur Général de la Compagnie de
Marie, très chère Sœur Louise, Supérieure
Générale de nos sœurs, les Filles de la Sagesse,
très cher Frère René, Supérieur
Général de nos frères, les Frères de Saint
Gabriel... chers frères, chères sœurs de la grande
famille montfortaine, bien chers religieux, religieuses, bien chers
pères, bien chère Mme Nathalie Hahn Castera,
secrétaire et représentante de l’Ambassadeur
d’Haïti près le Saint-Siège, bien chers amis,
Quand disparait quelqu’un qui nous est cher, nous avons
douloureusement conscience d’une brisure, d’un lien qui se
défait. Il faudra continuer notre vie sans lui. Cet arrachement
de la mort nous blesse et nous déconcerte, comme si nous
n’étions pas préparés à ce
déchirement-là, alors que toute notre vie est
jalonnée de liens rompus. Cependant, au moment où nous
sommes ici autour de notre frère défunt, Mgr
François Gayot pour la prière, paradoxalement c’est
vers la vie que nos esprits sont orientés.
Que de choses nous parlent de la vie et nous empêchent de penser
à la mort. Non seulement cette présence familiale et
amicale, ce capital si riche d’affection, d’amitié,
de respect… non seulement cette volonté d’effacer
l’impression de destruction et de deuil qui nous frappe,
d’ailleurs les fleurs autour de Mgr l’expriment clairement.
Mais surtout le fait qu’en pensant à lui, vous
évoquez sa vie plus que sa mort.
Je refuse de parler de lui au passé et j’ai même la
tentation de lui parler directement! Cet homme autour duquel nous
nous trouvons est :
1- un religieux identique
2- un missionnaire hors pair
3- un franc et modèle haïtien
a) un bon RELIGIEUX!
Il a fait son noviciat et ses études scolastiques en France.
Ordonné prêtre dans ce même pays, dans la
congrégation des missionnaires montfortains, il a eu sa
première obédience pour la Paroisse de Jean-Rabel, dans
nord-ouest d'Haïti, d’abord comme vicaire, puis comme
curé.
C’est en 1966, qu’il a été élu premier
Provincial des Montfortains d’Haïti, jusqu’en 1974
où le Pape Paul VI le nomma Évêque en lui confiant
la charge pastorale du diocèse du Cap-Haïtien. Puis en
1988, le Pape Jean-Paul II décide l’érection de la
deuxième Province ecclésiastique d’Haïti et
fit de lui le premier Archevêque de cette nouvelle
métropole.
Après son ministère épiscopal pendant 29 ans au
Cap-Haïtien, il a continué son ministère comme
religieux à Port-au-Prince et a eu sa résidence au
provincialat des montfortains, rue Sapotille.
b) MISSIONNAIRE sans faille!
Ayant eu un pied à terre à Port-au-Prince après
son immersion à la paroisse de Jean-Rabel, c’est
là qu’il a eu sa première expérience de
mission itinérante pour l’évangélisation, et
il a exercé ce ministère pendant dix ans. Il partait pour
3, 4, 6 mois de la maison missionnaire où il revenait pour
préparer d’autres missions C’est ainsi qu’il a
pu parcourir à cheval l’ensemble des diocèses du
pays et pu y rencontrer la population dans les zones les plus
reculées et les plus pauvres d’Haïti. A travers ces
longues randonnées, au cours de ses conversations avec les uns
et les autres, il a découvert un peuple habité par
l’espérance, doté des valeurs
évangéliques les plus pures : l’esprit de
pauvreté, la disponibilité à l’accueil, le
sens du partage.
c) un vrai HAITIEN!
Né le12 Juillet 1927, d’une famille de dix enfants
à Port-de-Paix, Nord-ouest d’Haïti. Doué
d’une intelligence d’élite, après ses
études primaires et secondaires dans sa ville natale, il
s’est dirigé vers les religieux montfortains qui
missionnaient déjà depuis 1871 dans ce diocèse.
Là, il a fait croitre sa vocation qu’il a pu
découvrir déjà le premier signe vers
l’âge de six ans, dans la cathédrale de cette ville,
où il aidait à desservir l’autel.
Après sa première obédience dans son pays
natal, il a du retourner en France pour d’autres études
spécialisées telles que :
D’une part, il a étudié la sociologie
générale et d’autre part, il a étudié
l’ethnologie et l’anthropologie socioculturelle. Pendant
ses recherches à l’École Pratique des Hautes
Études à l’Université de Paris, il a
poursuivi des études de ‘’Linguistique
Générale’’ et d’anthropologie physique
pour parfaire ses recherches sur le vodou haïtien, le
plaçage et le créole. Il est un franc haïtien et
reste un modèle et j’ose même dire qu’il
est un des symboles d’Haïti.
C’est à partir de cette note d’espérance que
j’ai pu comprendre les dernières paroles de Mgr Gayot
juste avant son entrée dans le coma. Il disait en espagnol (car
au dernier moment il ne parlait que l’espagnol), je traduis : "
Une autre vie, une autre réalité, une autre ville, nous
sommes déjà à la porte d’Haïti…
Une nouvelle Haïti!" Il répétait cela sous
forme d’une oraison jaculatoire… Pendant un bon bout
de temps…Le père Adriano et moi qui l’avons
accompagné à l’hôpital, nous étions
témoins! Il est un homme d’espérance, un homme de
prière, un homme d’études. Homme responsable, il a
un sens profond de L’Église. D’une
créativité inouïe, il a pu mettre sur pied à
l’échelle nationale des commissions et des centres
polyvalents pouvant aider dans tous les domaines. Archevêque
émérite depuis le 5 novembre 2003, de son vivant tout
tournait autour de sa personne au niveau de la conférence des
Évêques. Combien de fois a-t-il dirigé la
présidence de cette conférence? Il a même
déclaré au cours d’une rencontre où il
cherchait l’unité dans le corps des dirigeants de
l’Église qu’une conférence
d’évêques ne doit pas être un regroupement
d’évêques isolés, mais une
‘’école de communion’’
c’est-a-dire, un épiscopat qui réfléchit,
qui pense, qui prie et qui décide ensemble!
C’est ce qui explique pourquoi il était au dernier moment
encore responsable de deux commissions épiscopales assez
importantes, celle de la pastorale des Migrants pour laquelle son
mandant venait d’être renouvelé pour une
période de quatre ans à la dernière réunion
du mois de novembre dernier et celle de la Paix et de la
Réconciliation. Pour comprendre sa vie de religieux et de
missionnaire, il suffit de l’entendre dans une interview
donnée récemment autour de sa retraite. Il disait :
"d’une façon générale, la retraite est
considérée comme un " temps mort" où l’on
mène une vie au ralenti. Pour ma part, cette période de
ma vie est un temps d’activités intenses. Il est fait de
réflexions, certes, mais surtout de rencontres, de
prédication et de prières qui me permettent de me situer
face aux personnes, aux événements et aux choses et de
discerner les points les plus importants à relever dans la
conjoncture présente et dans l’avenir de
l’Église d’Haïti".
Monseigneur est un homme du présent et de l’avenir…
Jamais il n’est un homme du passé. Malade encore, il
planifiait ses itinéraires avec le Père
Général, son renouvellement de visa etc… Il
n’était vraiment pas prêt à partir.
Alors, la vie qu’on repère en cet homme, pensez-vous
qu’elle pourrait être vaincue d’un revers de la main
par la mort? Non! Mille fois non!
C’est cette intuition qui nous conduit à accueillir avec
une immense espérance les Paroles de la Bible. Dieu, en effet,
n’a cessé de nous dire que nous avons du prix à ses
propres yeux et qu’il nous aime. "Même si une mère
oubliait son enfant, dit-Il, moi je ne t’oublierai jamais"
(Is 49,15). Et l’Évangile nous met encore en confiance
quand Jésus nous dit : "Je suis le Chemin, la
Vérité et la Vie" (Jn 14, 6).
Nous croyons, comme Jésus lui-même nous l’a
confirmé, qu’il est notre résurrection et notre
vie. Alors notre frère Mgr Gayot n’est pas mort, à
parler d’enterrement c’est certainement une erreur de
langage... parlons de préférence d’ "encielement".
Pendant toute sa vie, Mgr Gayot a eu une vision internationale
incontournable. Il a été envoyé en stage
d’études missionnaires en France, il a eu sa
première obédience apostolique comme jeune prêtre
en Haïti. Il était ici ces derniers temps pour une
rencontre missionnaire en faveur des migrants, il a voulu tout
bonnement clôturer sa mission en bon religieux à la maison
généralice comme étant située dans la VILLE
ETERNELLE, mais à la demande de ses confrères en
Haïti, il va être "encielé" là-bas pour
être plus proche de ceux et de celles qui doivent
lutter en faveur de cette nouvelle Haïti qu’il a
pressentie... Comme missionnaire apostolique et comme homme de
défis, Monseigneur nous espérons que vous êtes
déjà rendu dans la ville nouvelle dont vous nous avez
parlé, alors que vous aimez tellement nos entreprises
missionnaires de notre grande famille montfortaine, ayez donc la
bonté, Monseigneur, par l’intercession de la Vierge
Marie, votre mère et notre mère, de Saint Louis Marie de
Montfort, notre saint Patron et de Marie Louise, sa fille aimée,
de prier pour la réussite de nos projets de mission et de prier
surtout pour Haïti…Bye bye Monseigneur !
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