LA
PRÉSENTE ÉDITION A ÉTÉ RÉALISÉE
SOUS LA DIRECTION DU PERE MARCEL GENDROT, AVEC LA COLLABORATION ET
SOUS LA RESPONSABILITÉ DES PERES GAETANO BARBERA, PIERRE EYCKELER,
BASILIO FERRAGAMO, HENRI FREHEN, BERNARD GUITTENY, JEAN HÉMERY,
DANIEL MARTINEZ, JEAN-CLAUDE PARÉ, MATHIEU QUÉMÉNEUR,
MONTFORTAINS, AVEC LE CONCOURS D'AUTRES PERES ET DE SÉMINARISTES
MONTFORTAINS, DE FILLES DE LA SAGESSE ET DE FRERES DE SAINT-GABRIEL.
NIHIL
OBSTAT: PARIS, 2 FÉVRIER 1966 CAMILLE BREVET, S.M.M., SUP.
PROV.
IMPRIMI POTEST : ROME, 2 FÉVRIER 1966 C.M. HEILIGERS, S.M.M.,
SUP. GÉNÉRAL
IMPRIMATUR : PARIS, 16 MARS 1966 - J. HOTTOT, V. G.
~ ÉDITIONS DU SEUIL, 1966.
INTRODUCTION
GÉNÉRALE
Né
le 31 janvier 1673 à Montfort-La-Cane en Bretagne, Louis-Marie
Grignion passa la plus grande partie de son enfance non loin de là,
à lffendic. En 1685 il commença ses classes d'humanités
au collège Saint-Thomas de Rennes tenu par les jésuites.
Se sentant appelé au sacerdoce il prit la direction de Paris,
l'automne 1693. Sur la recommandation de Mlle de Montigny, il fut
reçu dans la communauté de Claude Bottu de la Barmondière,
oú l'on honorait " la vie pauvre de Jésus pour
se disposer aux fonctions de son divin sacerdoce sous la protection
de la très Sainte Vierge, de Saint Joseph, des Saints Apôtres
et des hommes apostoliques ". Un an plus tard il fut admis au
collège de Montaigu dans la communauté de M. Boucher.
Et, au cours de 1695, il entra au petit Séminaire de Saint-Supplice.
Depuis le début de son séjour à Paris il suivit
les cours de la Sorbonne. Mais après quelques mois de maladie,
" il ne voulut pas continuer d'aller en Sorbonne prendre comme
les autres des traités de théologie, il se contenta
de ceux qu'un Docteur donnait à la maison " (GRANDET,
p. 13-14).
Cette situation laissa au séminariste un temps plus substantiel
pour ses lectures personnelles. Celles-ci furent en outre favorisées
par la fonction de bibliothécaire dont il fut chargé.
La Mazarine conserve de la bibliothèque du séminaire
le catalogue commencé par l'abbé Grignion dont l'écriture
se reconnaît fréquemment, surtout dans les deux premiers
des cinq tomes qui composent l'ensemble. Louis-Marie ne s'est pas
contenté d'enregistrer des titres. II a été un
grand lecteur. Blain, son ami, va jusqu'à dire que " presque
tous les livres qui traitent de la vie spirituelle passèrent
entre ses mains " (BLAIN, arto 17, p. 45). II a pris des notes
comme en porte témoignage un manuscrit intitulé Cahier
de notes, qui suivra le missionnaire dans ses différentes pérégrinations.
Aussi cette période de formation fournit grand nombre d'éléments
qui seront aux origines des écrits spirituels de Grignion de
Montfort. A ces notes s'ajoute, surtout après son ordination
sacerdotale du 5 juin 1700, une expérience apostolique particulièrement
mouvementée.
Il
désirait les missions à l'étranger. II avait
d'abord pensé au Canada. Son directeur, M. Leschassier, l'en
détourna et l'orienta vers la communauté de M. Lévêque
à Nantes. Le manque de dynamisme de celle-ci réduisit
á une pénible inaction le jeune prêtre qui ne
cacha pas sa déception à son directeur. Cependant, à
partir de l'été 1701, il eut la possibilité de
faire, dans le diocèse, une série de missions dont la
plus marquante fut celle de Grandchamps.
Mais dès le printemps précédent le missionnaire
avait rencontré à Fontevrault Mme de Montespan, par
l'intermédiaire de laquelle il s'était mis en rapport
avec Mgr Girard, évêque de Poitiers. C'est grâce
à ces contacts qu'il entra, comme aumônier, à
l'Hôpital Général de cette ville. C'était
en fin de novembre 1701. Il tenta de réorganiser ce qu'il caractérisait
de maison de désordre, de pauvre Babylone. Bien accueilli
au début, rapidement il se heurta aux coteries et aux contradictions
qui l'obligèrent à quitter les lieux.
C'est au cours de ces mois, où il put exercer son ministère
auprès des pauvres, qu'il rencontra Marie-Louise Trichet,
qui deviendra la première Fille de la Sagesse. Il l'introduisit
dans l'hôpital et, le 2 février 1703, il lui fit troquer
son costume de fille de procureur au présidial contre l'habit
gris des servantes et des femmes de la campagne.
A la Salpêtrière de Paris, Montfort trouva encore à
s'exercer auprès des malades et des pauvres. A la fin de 1703
il prit par à la réforme des ermites du Mont-Valérien.
Puis, un jour, les pauvres de Poitiers rédigèrent une
supplique qui obtint le retour parmi eux de leur aumônier. Ce
ne fut qu'un sursis. Montfort dut de nouveau sortir de l'hôpital.
Il écrivit à M. Leschassier en 1702 : " L' espérance
que je pourrais avoir de m'étendre avec le temps dans la ville
et la campagne, pour profiter à plusieurs, peut seule me donner
quelques inclinations d'alter à l'hôpital. " Son
voeu se réalisa, mais seulement après sa sortie de l'hôpital.
Il fit mission dans plusieurs paroisses du centre et des faubourgs
de Poitiers.
Mis dans l'obligation de quitter la ville, il alla en pèlerinage
à Rome. Il lui fallait résoudre au cours de cette retraite
itinérante le problème de la forme d'activité
missionnaire qui serait la sienne, puisque les contradictions auxquelles
se heurtait son action en France le déterminaient à
le poser. Reçu en audience le 6 juin 1706 par Clément
XI, il s'offrit à travailler aux missions d'Orient. Le pape
demanda au missionnaire de rester en France et approuva le but qu'il
y avait déjà poursuivi et la méthode qu'il y
avait pratiquée : le renouvellement de l'esprit du christianisme
par le renouvellement des promesses du baptême. Louis-Marie
revint en son pays muni du titre de missionnaire apostolique que lui
avait conféré le Souverain Pontife.
Désormais la trame de la vie de Montfort pourra se révéler
par le tracé de ses nombreux voyages et étapes à
travers les diocèses de Saint-Brieuc, de Saint-Malo, de Nantes,
de Luçon et de la Rochelle, sans omettre les longs parcours
qui le menèrent à Saint-Lô, Rouen, Paris...
Au
retour de Rome, le missionnaire repassa à Poitiers. Par Saumur,
où il rencontra Jeanne de La Noue, il se dirigea vers le Mont-Saint-Michel
pour célébrer la fête de l'archange le 29 septembre
1706. Il s'approchait ainsi de la Bretagne où l'attirait une
personnalité dont il avait entendu parler par M. Bellier,
un prêtre de Rennes qui, lorsqu'il y était étudiant,
l'avait initié au soin des pauvres et l'avait entretenu des
missions bretonnes. C'est effectivement grâce à ce M.
Bellier que Montfort entra dans l'équipe de M. Leuduger, l'écolâtre
de Saint-Brieuc. Ils travaillèrent jusqu'en aoút 1707.
Un malencontreux incident provoqua leur séparation dont la
cause profonde semble être une conception différente
du style de vie apostolique.
Louis-Marie s'installa dans un prieuré sis au milieu des bois
de Montfort-La-Cane. De cet ermitage de Saint-Lazare, il rayonna,
mêlant retraite personnelle et ministère dans les paroisses
environnantes.
Au milieu de 1708 il regagna le pays nantais où les missions
vont se suivre à une cadence rapide. C'est au cours de cette
période qu'eut lieu ce qu'on pourrait nommer l'affaire du Calvaire.
Depuis son passage au Mont-Valérien près de Paris, Montfort
avait en tête l'idée d'ériger un calvaire monumental
qui serait un mémorial du Golgotha et un centre d'attirance
spirituelle. Il avait tenté de la réaliser en son pays
natal. Il réussit à faire construire à Pontchâteau
une colline artificielle surmontée des trois croix. Le soir
du 13 septembre 1710, veille de la solennelle bénédiction,
l'ordre arriva de surseoir a la cérémonie. Bientôt
après, la colline fut rasée. Et pour rendre la mesure
pleine l'évêque de Nantes interdit tout ministère
au missionnaire à qui il ne restait qu'à se retirer
chez les jésuites pour y faire retraite.
Montfort ne resta pas inactif. Il eut à Nantes la possibilité
de créer et d'encourager des oeuvres en faveur des pauvres,
de se dévouer pendant les inondations de la Loire... Il faut
signaler aussi, à cette époque, son entrée dans
le Tiers-Ordre dominicain.
Ces épreuves en pays nantais ne détournèrent
pas le Père de Montfort de l'activité missionnaire.
Il fut accueilli par Messeigneurs de Lescure et de Champtlour dans
leurs diocèses respectifs de Luçon et de La Rochelle.
Grand nombre de paroisses entendirent sa prédication.
C'est la Période où, semble-t-il, se manifestent dans
toutes leurs dimensions sa conception et sa pédagogie missionnaires,
et des éléments y prennent un relief nouveau. Ainsi
il a pris conscience de l'importance des petites écoles comme
moyen d'évangélisation, et, dans cet esprit, il fait
venir à La Rochelle Marie-Louise Trichet et Catherine Brunet,
les deux premières Filles de la Sagesse, jusque-là consacrées
aux soins des pauvres dans les hópitaux.
C'est également la période où, plus que jamais,
il se préoccupe de former une communauté de prêtres
missionnaires qui continuent, dans son esprit, son action apostolique.
Il multiplie les démarches : à Paris, auprès
des successeurs de Poullart des Places, lequel avait promis en 1703
de lui former des sujets ; à Rouen, où il tente d'
engager le Chanoine Blain, un ami de collège et de séminaire.
Deux prêtres, compagnons de missions, s'adjoignent à
lui. Avec les Frères, qui travaillent déjà avec
lui, dans les missions ou dans les écoles charitables, ils
formeront le premier noyau de sa compagnie de missionnaires.
De ces préoccupations et de ces efforts sortiront des Règles
qui seront le fondement de ses familles spirituelles...
Lui-même poursuivra jusqu'au bout sa tâche de prédicateur.
Car c'est en cours de mission, à Saint-Laurent-sur-Sèvre,
qu'il rendra son âme à Dieu le 28 avril I7I6, à
l'âge de quarante-trois ans.
Tel est le cadre biographique dans lequel s'insèrent les écrits
spirituels de Montfort. Très vite, on s'aperçoit que
ce cadre est essentiellement celui d'une intense activité apostolique
accomplie par un homme dont la vocation missionnaire n'a fait problème
que dans les modalités de son exercice. Cette vocation s'est
affirmée de plus en plus à travers les affrontements
et les événements ; elle a évolué vers
son expression propre a travers la dialectique des situations dans
lesquelles le prêtre s'est trouvé.
Précisément, pour mieux saisir le sens des écrits
du missionnaire, il eût été bon de tracer son
itinéraire spirituel. Car, s'il s'avère impossible
dans l'état actuel des documents de fixer à chaque ouvre
une date précise et certaine, une appréciation approximative
autorise à affirmer, sans crainte d'erreur, que la série
des opuscules s'échelonne tout au long de la vie missionnaire
du Père de Montfort.
Les premiers biographes ont adopté le genre hagiographique
de leur temps. Cependant nombre de témoignages, recueillis
par Grandet, permettent de poser des jalons à cet itinéraire.
Et puis il y a Blain, qui a connu le plus intimement Louis-Marie.
Ce chanoine a fait l'amère expérience d'avoir douté
du bon esprit qui conduisait son ami. Si la volonté de le réhabiliter
à ses propres yeux et à ceux de ses lecteurs éventuels
le pousse à forcer parfois l'exaltation des vertus, le doute
l'a aussi obligé à pénétrer plus à
fond l'intérieur de son ami. En ce sens le texte laissé
par Blain, et malheureusement demeuré inédit, est un
témoignage unique pour situer l'originalité de la pensée
et du comportement de Montfort. Une page de cette Relation rapporte
le dialogue que le chanoine eut avec le missionnaire lors de leur
rencontre en 1714. C'est la mise en parallèle de deux sagesses
: celle des personnes à vie bien réglée, celle
des hommes apostoliques qui ont toujours quelque chose de nouveau
à entreprendre ou " quelques oeuvres saintes à
établir " (BLAIN, art. 80, p. 233). C'est par cette dernière
sagesse que Montfort a justifié sa conduite et dévoilé
son âme à celui à qui il fut, pendant quelque
temps, un mystère.
Poser le problème de l'originalité de Montfort conduit
à rechercher sa place dans les courants spirituels issus du
XVIIe, voire du XVIe siècles. Cette place a varié depuis
Bremond, qui en fait le dernier des grands bérulliens, jusqu'à
la récente Histoire de la Spiritualité en France qui
le présente comme un bel exemple de la vitalité de la
dévotion mariale qui existe encore au début du XVIIIe
siècle.
Une étude sommaire des sources où l'écrivain
spirituel a puisé, des contacts littéraires qu'il a
eus nombreux avec différents auteurs suffit à révéler
son éclectisme. Les jésuites de toutes tendances, ceux
que Flachaire a classés dans la catégorie des salésiens
(Poiré, Barry, Binet...), d'autres comme Surin et les disciples
de Lallemant, d'autres encore comme Saint-Jure, Crasset plus autonomes,
des dominicains comme Alain de La Roche, Suso le Rhéno-Flamand,
etc., des franciscains comme saint Bonaventure ou le pseudo-Bonaventure,
et puis Bérulle, de Bourgoing, Jean Eudes avec le milieu normand
(Louvigny de Bernières, Renty, Boudon surtout) , les sulpiciens,
Olier et Tronson au premier chef, d'autres auteurs de petite ou grande
envergure, Port-Royal même avec Le Maistre de Sacy, tous lui
ont fourni les uns des textes qu'il a acceptés à peu
près tels quels, les autres des éléments, des
pierres d'attente que sa réflexion s'est empressée
de saisir. Tantôt il se contente d'une inspiration, tantôt
il paraît d'un littéralisme déconcertant. C'est
que dans la liberté qu'il se donnait d'entreprendre quelque
chose de nouveau il voulait s'appuyer sur des valeurs anciennes.
Le Père de Montfort se classe difficilement dans des catégories
trop rapidement définies. Qu'il emprunte à une école
de spiritualité ou à une autre d'orientation différente,
il est porté par un dynamisme intérieur qui lui est
personnel et qui détermine son originalité. Peut-être
a-t-il voulu livrer le principe de sa manière de grâce
dans la première page du premier de ses écrits les plus
importants : Je vous (la Sagesse) cherche de tous côtés
en tournant sans méthode. Si je tâche de vous faire connaître
en ce monde, c'est parce que vous-même avez promis que tous
ceux qui vous éclaireraient et découvriraient auraient
la vie éternelle (ASE 2). Ainsi il avoue n'avoir en guise de
méthodologie spirituelle que celle du zèle de la révélation
du Mystère de la Sagesse de Dieu. Il est certaint, qu'il écrive
ou qu'il parte! que Grignion de Montfort évangélise.
Il portait toujours sur lui la Bible qu'utilisait probablement dans
la traduction de Le Maistre de Sacy. Un coup d'oeil sur la table des
citations bibliques suggère déjà la densité
scripturaire de ses écrits. Les références explicites
sont nombreuses, plus drues encore les réminiscences et les
citations implicites. C'est souvent, par méthode de rapprochement,
une concentration impressionnante de textes.
Son interprétation est la plus communément répandue
en son temps, celle de Bossuet et des spirituels, et en particulier
celle de ses maîtres de Saint-Sulpice. On constate l'intérêt
porté au sens figuratif et l'ample utilisation qui en est faite.
Cette interprétation figurative se rapproche de celle que l'Église
applique dans la liturgie. Il arrive d'ailleurs fréquemment
que le missionnaire lit et cite la Bible à travers son bréviaire
ou le Missel. Ceci peut expliquer certaines coupures ou modifications
apportées au texte scripturaire.
Bible et liturgie, auteurs spirituels de multiples horizons semblent
s'entremêler au hasard pour former la trame de la pensée
montfortaine. Mais après une fréquentation des écrits
du missionnaire on se rend compte que cette pensée s'articule
selon un schématisme qu'il est aisé de détecter.
D'un côté une méditation, une considération,
de l'autre l'application pratique. Dans certains ouvrages, à
ce schéma initial se surajoute un autre : d'abord un exposé
partant de textes bibliques ou liturgiques, puis une confirmation
ou une illustration par des emprunts ou allusions aux auteurs spirituels.
Cependant de ces schémas qui lui servent à guider sa
démarche d'écrivain ou de prédicateur pratique
il ne fait pas des stéréotypes. Bien des fois sa pensée
se développe sans contrainte apparente, mais, pour employer
sa propre expression, selon l'abondance divine que la Sagesse lui
communique.
Mesurer
l'influence posthume du Père de Montfort est chose délicate
et, en définitive, ne peut aboutir qu'à des hypothèses.
En dehors d'une partie des Cantiques, de la Lettre aux amis de la
croix, aucun des écrits de Montfort n'a été
publié de son vivant. Au cours du XVIIIe siècle, des
fragments ont été insérés dans les biographies
: les Règles ont été reprises ou refondues aux
époques de révision et d'adaptation. Ce n'est qu'à
partir de 1842, date de la découverte du Traité de la
vraie dévotion, qu'on pense à publier progressivement
les principales oeuvres. C'est évidemment le Traité
qui a connu la plus grande vogue. Les autres ont suivi, mais comme
dans son ombre. A un point tel qu'une certaine histoire est arrivée
à identifier la mission providentielle du Père de Montfort
avec la prédication de la dévotion mariale, voire de
la forme de dévotion, pourtant assez répandue au XVlle
siècle, de l'esclavage marial.
Il est certain que le Traité a joué un rôle considérable
dans la pensée chrétienne du XIXe siècle et du
début du XXe siècle. Il a joui d'un contexte psychologique
favorable; il a été l'objet de traductions nombreuses
et d' éditions soignées, généralement
assez fidèles au manuscrit. Tandis qu'un ouvrage comme L'Amour
de la Sagesse Éternelle a été tronqué,
et présenté avec des remaniements divers... Il faut
attendre 1929 avant de voir paraître, de ce dernier livre, un
texte convenable.
Ceci explique que le grand public n'a connu la pensée montfortaine
que de manière partielle, fragmentaire, exclusive parfois.
Jamais encore les écrits de Montjort n'ont fait l'objet d'un
regroupement si complet.
Le 250e anniversaire de la mort du saint a été l'occasion
de réaliser ce travail.
Le texte ici publié a été établi à
partir des manuscrits, minutieusement examinés. Peut-être
quelques fautes auront encore échappé, mais, sans présomption,
on peut affirmer qu'en ce qui concerne la fidélité littérale,
des progrès très sensibles ont été faits
par rapport aux anciennes éditions, même les meilleures.
Lorsque le manuscrit n'existe pas, le texte qui a servi de fondement
a fait l'objet d'études soigneuses. En cas de défaillance
dans le texte de base
mot oublié, terme abrégé,
faute de distraction manifeste, etc., on s'est efforcé d'y
remédier par une correction entre crochets. De même,
pour faciliter la lecture et les références, des numérotations
- en général inexistantes dans les manuscrits - ont
été introduites, mais toujours entre crochets. D'ailleurs
les introductions et les notes qui accompagnent chaque ouvrage donnent
la possibilité à chaque lecteur de se rendre compte
par lui-même des difficultés qui ont dû être
surmontées.
Des oeuvres jusqu'ici inédites ont été insérées
dans cette édition. Certains de ces opuscules ont une importance
appréciable, soit parce qu'ils complètent la pensée
montfortaine, soit parce qu'ils permettent d'accuser plus nettement
les lignes de crête de celle-ci.
Des textes manuscrits, pourtant de la main du Père de Montfort,
ont été laissés de côté. Il s'agit
surtout de notes impersonnelles, copiées chez d'autres auteurs,
des notes qui n'ont subi aucune élaboration. Sans doute sont-elles
d'un grand prix pour ceux qui étudient la genèse des
différents ouvrages à partir des premiers linéaments.
Mais ces manuscrits sont toujours à la disposition des chercheurs.
Le Cahier de notes à d'ailleurs été publié
pro manuscripto par les soins du Père Eyckeler. Quant au Livre
des Sermons, on trouvera dans cette édition des extraits choisis
dans les pages les plus typiques.
Ainsi, pour la première fois, les oeuvres du Père de
Montfort sont publiées dans leur totalité. Sans doute
des allusions laissent entendre que des textes auraient disparu. La
chose est certaine en ce qui concerne un exposé sur l'Union
à Jésus que Montfort avait rédigé avant
son ordination sacerdotale sur le conseil de son directeur. Pour le
reste, il faut poser le point d'interrogation, sans apporter pour
le moment de réponse.
Ce regroupement de tous les écrits de Montfort favorisera une
vue synthétique de sa spiritualité. Il permettra plus
facilement de situer chaque oeuvre particulière dans la perspective
qui se dégage de l'ensemble, de lui donner au contact de ce
tout, sa valeur propre et ses dimensions intégrales.
Certains écrits du Père de Montfort sont déjà
inscrits dans l'histoire de la spiritualité. Puisse cette édition
rendre possible l'insertion de tous les autres dans cette même
histoire toujours vivante et n'y pas rester lettre morte.